JPA par JPA > extraits du livre “La Province c’est capital”

Je suis né à Besançon le 9 janvier 1948, d'un père suisse et d'une mère française ce qui en Franche-Comté est tout à fait normal. Mon père représentait la Chambre de Commerce Suisse en France dans la capitale comtoise où il résidait depuis sa plus tendre enfance. Il a connu ma mère à l'Université sous l' Occupation, période d'autant plus tragique pour eux que mon père fut arrêté par la Gestapo avec toute sa famille. Son frère, employé au Consulat Suisse de Besançon, fut condamné à mort puis sauvé in extremis par le Palais Fédéral de Berne qui obtint un échange de prisonniers avec les Allemands.
Ma mère, franc-comtoise d'origine, appartient à une famille où l'on est serviteur de l'Etat de pères en fils et de mères en filles : sn père, sa mère, sa sœur étaient dans l'enseignement et ses deux frères officiers : l'un sortant de eeSaint-Cyr a rejoint dès le début le général De Gaulle à Londres, l'autre qui était enseigne de vaisseau à bord du Strasbourg lors de l'attaque de Mers-el-Kebir organisa plus tard comme commandant des FFI la résistance dans la boucle de Besançon au moment de la Libération de la ville. Dans ces deux familles on accomplissait son devoir quels que soient les risques et chacune d'elles se vit décerner la Médaille des Justes pour avoir accepté d'héberger et de cacher trois enfants juifs pendant l'Occupation.
Nous vivions chez mon grand père maternel directeur d'école primaire en retraite. J'ai donc grandi auprès de ce grand-père plein d'indulgence mais qui ne badinait pas avec les fautes d’orthographe et les règles de bonne conduite. à la maison comme à l'école. J'ai eu une éducation traditionnelle où très tôt on m'a appris a dire avec le sourire bonjour, s'il vous plait et merci, à parler et écrire correctement le français. Mon grand-père nous prêchait les vertus de l'effort et du travail. C’était un laïc sans sectarisme, ma mère était catholique, mon père protestant et tout se passait dans une tolérance parfaite.
C'est au Lycée Victor-Hugo de Besançon que j'ai eu mon bac en 1964. Président du cercle d'échecs au nom prémonitoire " Le pion gênant" j'ai participé au championnat de France junior. Pour perfectionner mon allemand, j'ai passé plusieurs vacances d'été en Allemagne. En octobre 1964 je suis parti à Strasbourg pour préparer une licence de Sciences Economiques et c'est là que sous l'influence de Guy Héraud, alors professeur de droit international, j'ai découvert le fédéralisme et participai activement à sa campagne pour l'élection présidentielle de 1965 à laquelle il était candidat . Nous avons créé avec quelques amis une association étudiante le "FEU" (Fédéralisme Européen Universitaire) qui travaillait en liaison avec l' "Europa Union" une association fédéraliste européenne allemande. Ensemble, nous avons manifesté en 1967 dans l'enceinte du Parlement européen pour réclamer son élection au suffrage universel (les députés européens étaient à l'époque non pas élus mais désignés par les Etats) et provoqué une suspension de séance avec interpellation policière. Après notre "libération" le Président du Parlement européen nous a offert le champagne dans ses appartements privés pour nous témoigner son soutien ! En mai 68, un de nos militants, n'hésita pas à escalader de nuit la cathédrale de Strasbourg pour y fixer au sommet le drapeau rouge et blanc de l'Alsace.
En septembre 68 j’ai quitté Strasbourg pour Paris où j'ai obtenu en juillet 1970 ma licence en Sciences Economiques, en juin 1971 mon diplôme du Centre Universitaire d'Etudes des Communautés Européennes et en novembre 1971 mon Diplôme de Sciences Po / Paris. J'ai particulièrement bien retenu de Sciences-Po le plan standard en deux parties qu'on nous imposait : 1 - Thèse (dire le pour ), 2 - Antithèse (dire le contre ), 3 - Conclusion : "Tout est dans tout, l'avenir tranchera !" …J'ai renoncé à préparer l'ENA quand j'ai appris qu’au "Grand oral" on demandait aux futurs grands serviteurs de l'Etat de parler de n'importe quel sujet non traité en cours c'est-à-dire de montrer qu'on est capable de « causer » de tout et de n'importe sur commande. Pas moi ! Cette capacité de parler pour ne rien dire est en effet la force majeure de nos énarques.
A Sciences-Po, j'ai créé le "Cercle Europe" et participé à la création en 1971, sous l'impulsion de Guy Héraud, du "Parti Fédéraliste Européen" dont je fus le Secrétaire Général. En 1972, j’ai cessé toutes mes activités politiques pour me consacrer entièrement à ma famille et à ma carrière professionnelle. Je ne les reprendrai qu'au moment de Maastricht.
Après avoir travaillé quelques mois à la Préfecture de Besançon comme chargé de mission, ma carrière professionnelle débuta véritablement en janvier 72 comme cambiste à la Banque de Paris et des Pays Bas à Paris et en 1974 à dans sa filiale à Francfort . Je reviens à Paris début 75 où je suis pendant 6 mois au chômage avant d'être embauché comme Directeur financier de la filiale française d' une société suisse de trading pétrolier qui me nommera responsable financier du groupe ayant son siège social en Suisse où je suis parti en 1978. En 1985 j’ai créé ma propre société de consulting financier spécialisée dans le financement du commerce et des investissements énergétiques avec des bureaux à Moscou, Varsovie, Zürich, Paris et Chicago.
Ma vie professionnelle m'a amené à découvrir l'Allemagne, les pays de l'Europe de l'Est, l'Union Soviétique, la Grande-Bretagne et les Etats Unis. J’ai fait en particulier de très nombreux séjours à Moscou ainsi qu'aux Etats-Unis en particulier à Chicago, importante place financière, et à Houston où se trouvent la plupart des grandes sociétés pétrolières américaines. Tous ces voyages et la connaissance de systèmes, de valeurs, de réalités culturelles toutes différentes ont eu sur moi-même et mes rapportas avec les autres une influence décisive. Mes origines et mes activités ont largement contribué à faire de moi ce que je suis avec à la base ma double-nationalité, une éducation à l'ancienne, un « cosmopolitisme » sans complexe, des activités politiques non conformiste et ma passion pour les Etats-Unis, les hamburgers et la music country. Enfin ma préférence intellectuelle pour le concret, les faits, les chiffres, le bon sens et le raisonnement logique et mon peu de goût pour les discussions philosophiques, les querelles idéologiques et les obscurantismes de tous poils. En un mot, j'ai à l'évidence tout ce qu'il faut pour ne pas plaire à la société française actuelle.
En 1988, j’ai quitté la Suisse où j’avais vécu 10 ans pour vivre à Cannes jusqu’en 1997, date à laquelle je suis revenu sur Besançon ma ville d’origine. Dès mon arrivée sur la Côte d’Azur, j’ai contacté Alexandre Marc, un des pères spirituels du Fédéralisme qui vivait à Vence et pour qui j’avais le plus grand respect. Il me recevait régulièrement chez lui et nous passions alors de longs moments ensemble à parler Fédéralisme. Il m’encouragea à reprendre le combat ce que je fis au moment de la campagne du référendum sur Maastricht le 20 septembre 1992. Je pensais que cette fois l'heure du Fédéralisme avait sonné puisque le projet de traité prévoyait notamment la mise en place d'une monnaie européenne fédérale, l'euro. Le résultat serré du "oui" me fit prendre conscience que la partie ne serait pas facile et j'ai alors rejoint le Rassemblement pour l'Europe Fédérale ( REF ) qui regroupait en France l'avant-garde des fédéralistes européens sous la houlette de Jean Ordner son Président. Je me suis alors présenté aux législatives de mars 1993 à Nice sous l' étiquette du REF. Mais ce parti étant un mouvement à l'action essentiellement "européiste" et donc axé principalement sur le fédéralisme européen et non pas français, je l'ai quitté en 1994 avec quelques amis ( notamment Denys Bansillon, Hélène Féo, Michel Gobillon, Marcel Massiou et Sélim Salem) pour alors créer le Parti fédéraliste avec pour slogan "Pour une France fédérale dans une Europe fédérale". En 1996 j’ai avec la petite équipe des membres fondateurs rédigé et publié le " Livre-Programme " du Parti fédéraliste intitulé " Nous, on propose !" . Il nous semblait en effet indispensable d'écrire noir sur blanc ce que nous proposions pour la France et pour l'Europe. Le siège national du PF initialement à Cannes fut transféré en 1997 à Besançon dans un petit immeuble que j'avais acheté en plein centre-ville de la capitale régionale qui a vu naître de grands fédéralistes européens comme Proudhon et Victor Hugo.
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